Affichage des articles dont le libellé est Nouvelle Ecole. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nouvelle Ecole. Afficher tous les articles

Nouvelle Ecole n°66 : Charles Maurras



Nouvelle Ecole 66 Charles Maurras Alain de Benoist
Nouvelle Ecole n°66 : Charles Maurras - Parution Janvier 2017


Charles Maurras (1868-1952) fut pendant des décennies à la fois un écrivain, un poète, un théoricien, un chef d’école et l’animateur d’un mouvement politique dont l’influence s’est révélée remarquablement durable. C’est là un cas extrêmement rare. Les chefs politiques ont rarement été de véritables théoriciens, et les idéologues ont rarement eu la capacité (ou le désir) d’animer des mouvements politiques. S’y ajoute un magistère intellectuel qui, avec des fortunes diverses, et non sans avoir suscité bien des dissidences, s’exerce encore aujourd’hui sur bon nombre de ceux qui veulent « penser clair et marcher droit ». Maurras et l’Action française, enfin, sont indissociables, et c’est pourquoi le parcours individuel de l’auteur d’Anthinéa ne peut être séparé d’une aventure collective. Toutes ces caractéristiques justifient à elles seules l’intérêt qu’on doit lui porter. (…) À partir d’une vision assez idéalisée de l’Ancien Régime, Maurras, convaincu que la monarchie se démontre à la façon d’un théorème, tendait à tout ramener au problème des institutions. Ce faisant, il ne voyait pas que des institutions différentes peuvent aller de pair avec un état social identique, et qu’à l’inverse, d’une époque à l’autre, ou d’un pays à l’autre, des institutions identiques peuvent fonctionner de manière toute différente – surtout quand ce sont les mœurs qui déterminent les lois (et non l’inverse). Les paradoxes de la pensée de cet apologiste de la culture catholique qui fut de 1926 à 1939 condamné par le Vatican, de ce royaliste finalement désavoué par le prétendant au trône, ont été maintes fois relevés. (…) Il fait gloire à la France d’avoir constamment lutté contre l’Empire mais fait en même temps l’éloge de la romanité, dont le principe impérial était exactement le contraire de celui de l’État national. Il affirme hautement son souci de l’« universel », mais ne conçoit d’application de ses principes qu’au niveau hexagonal. Sa conception même du politique est pour le moins équivoque, ce dont témoignent les contresens dont n’a cessé de faire l’objet le fameux « politique d’abord ! » (…) Quoi que l’on pense de sa doctrine, on ne peut avoir que de l’admiration pour ce vieux lutteur qui a consacré toute son existence à ses idées, et qui a su les servir avec autant de courage, de passion et de désintéressement. Au-delà de ses erreurs et de ses jugements parfois si injustes, ce courage, ce désintéressement, cette exigeante passion, sa sincérité extrême, sa ténacité et la somme incroyable d’efforts qu’il a su déployer au cours de sa vie, commandent le respect. Il y a chez Maurras, ce Don Quichotte dont Léon Daudet fut le Sancho Pança, quelque chose de très proprement héroïque. Il n’y a pas beaucoup d’hommes publics dont on puisse en dire autant.



Charles Maurras Présent Nouvelle Ecole 66
Charles Maurras dans la revue Présent
Pages Littéraires - 11 février 2017





Au sommaire du n°66 de Nouvelle Ecole :
 Un portrait de Charles Maurras (Olivier Dard)
Le jeune Maurras, félibre et fédéraliste (Rémi Soulié)
Maurras et l’abbé Penon (Axel Tisserand)
Heidegger et Maurras à Athènes (Baptiste Rappin)
La République, la bourgeoisie et la question ouvrière (Charles Maurras)
Kiel et Tanger ou la géopolitique maurrassienne (Martin Motte)
Entretien avec Gérard Leclerc
Maurras et le romantisme (Alain de Benoist)
Charles Maurras et le positivisme d’Auguste Comte (Francis Moury)
Maurras en Amérique latine (Michel Lhomme)
Antigone (Charles Maurras)
Pierre Boutang ex cathedra (Francis Moury)
Bibliographie maurrassienne : 2004-2016 (Alain de Benoist)

Et aussi :
Le slavophilisme, une utopie conservatrice russe (Vassily Leskov)
Siva et Dionysos (Jean Haudry)
Dépendance des États et globalisation (Teodoro Klitsche de la Grange)

Prix de vente: 25 euros TTC 
sur Krisis DiffusionRevue Eléments 
et Les Amis d'Alain de Benoist (port non inclus)





_________________________________________________________________________________

Nouvelle Ecole n°66 en vente sur Krisis Diffusion


Nouvelle Ecole n°66 Charles Maurras

CHARLES MAURRAS.
Numéro 66 / Année 2017. 

Responsable de publication: Alain de Benoist.

Le prix affiché est le prix TTC.
Ce prix ne comprend pas les frais de port.

Les frais de port pour cet article s'élèvent à 3,90 euros TTC.
Ils n'augmentent pas si vous habitez l'étranger ou l'Outre Mer. Ils n'augmentent pas si vous ajoutez un 2e produit au panier.
Ils sont offerts dès que le total des produits atteint 40 euros.
En achetant ce produit vous pouvez gagner jusqu'à 1 point de fidélité. Votre panier totalisera 1 point pouvant être transformé(s) en un bon de réduction de 0,20 €.

PRIX: 25,00 € par numéro
 
 







Aperçu rapide


Avec cette formule, vous êtes abonné aux revues Krisis et Nouvelle Ecole pour une durée de deux ans (01/01/2016- 31/12/2017). Vous recevrez* les numéros 65 et 66 de Nouvelle Ecole ainsi que Krisis 43 à 49.
Disponible

 

 



















____________________________________________________________


Nouvelle Ecole n°66 en vente sur les sites Eléments et alaindebenoist.com


Nouvelle Ecole n°66
Année 2017
Charles 

Maurras



 La collection de numéros - Nouvelle EcoleFacebook Nouvelle Ecole Alain de Benoist

    

Les Idées à l'endroit








Nouvelle Ecole sur Krisis Diffusion

  • Revue Nouvelle ecole : Commandes à l'unité, abonnements, emballages cadeaux adaptés...
    https://krisisdiffusion.pswebstore.com/35-nouvelle-ecole

    • Avec cette formule, vous êtes abonné aux revues Krisis et Nouvelle Ecole pour une durée d'un an. Vous recevrez le prochain numéro de Nouvelle Ecole (n°66) ainsi que les quatre prochains numéros de Krisis. 
      Disponible
      83,00 €

  •  
    Avec cette formule, vous soutenez nos revues et ferez partie de notre liste d'Abonnés Privilège.Vous êtes abonné aux revues Krisis et Nouvelle Ecole pour une durée d'un an. Vous recevrez le prochain numéro de Nouvelle Ecole (n°66) ainsi que les quatre prochains numéros de Krisis. 
    Disponible
    113,00 €


  • Avec cette formule, vous êtes abonné aux revues Krisis et Nouvelle Ecole pour une durée de deux ans. Vous recevrez les deux prochains numéros de Nouvelle Ecole (n°66 et 67) ainsi que les huit prochains numéros de Krisis. 
    Disponible
    165,00 €


  • Avec cette formule, vous soutenez nos revues et ferez partie de notre liste d'Abonnés Privilège.Vous êtes abonné aux revues Krisis et Nouvelle Ecole pour une durée de deux ans. Vous recevrez les deux prochains numéros de Nouvelle Ecole (n°66 et 67) ainsi que les huit prochains numéros de Krisis. 
    Disponible
    195,00 €


  • LES LUMIERES. Numéro 65 / Année 2016.  25,00 €


  • LES GERMAINS. Numéro 63-64 (Numéro double). 30,00 €

  • THEOLOGIE POLITIQUE. Numéro 62. 25,00 €

  • LES ROMAINS. Numéro 61. 25,00 €

  • OSWALD SPENGLER. Numéro 59-60. 29,00 €

  • LES GRECS. Numéro 58. 25,00 €

  • Exclusivité web !
    Avec cette formule, vous êtes abonné aux revues Krisis et Nouvelle Ecole pour une durée d'un an (01/01/2016- 31/12/2016). Vous recevrez le numéro 65* de Nouvelle Ecole ainsi que Krisis 43*, 44*, 45* et 46. 
    Disponible
    115,00 € 
  • Exclusivité web !
    Avec cette formule, vous êtes abonné aux revues Krisis et Nouvelle Ecole pour une durée de deux ans (01/01/2016- 31/12/2017). Vous recevrez* les numéros 65 et 66 de Nouvelle Ecole ainsi que Krisis 43 à 50.
    Disponible
    190,00 €


  • Exclusivité web !
    5,00 € 
    https://www.facebook.com/RevueNouvelleEcole/


Nouvelle version du site Alain de Benoist



A l’est, du nouveau


Editorial du numéro 163 d’éléments, en kiosque le 19 novembre 2016

 
À l’époque de la guerre froide, les choses étaient simples. L’hémisphère Nord était coupé en deux, et l’Europe l’était aussi. La partie orientale était dominée par le système soviétique, la partie occidentale théoriquement placée sous protection américaine. D’un côté, une dictature greffée sur un capitalisme d’État, de l’autre le capitalisme tout court associé à la dictature de la marchandise. Deux occupations de forme différente, mais aux effets également paralysants. L’Est et l’Ouest étaient alors engagés dans une concurrence aux buts moins opposés qu’il n’y paraissait : il s’agissait de savoir qui produirait le plus et le plus vite, qui gagnerait la course à l’espace et au PIB.
Cette logique bipolaire ne fut remise en cause que par la France du général de Gaulle, qui se dota d’une force atomique indépendante et s’émancipa en 1966 de la tutelle de l’OTAN, et par la Chine avec la « théorie des trois mondes », élaborée par Mao Ze Dong et présentée en 1974 par Deng Xiao Ping à la tribune des Nations-Unies.
Le mouvement de l’histoire semblait se dérouler exclusivement à l’Ouest. L’Est était prévisible : on n’y voyait rien changer, les mêmes troupes défilaient devant les mêmes tribunes où se tenaient, rigides comme des mulets, des dirigeants au regard vide, comme statufiés. À l’Ouest au contraire, c’était un incessant tourbillon de nouveautés, de modes et de gadgets.


Évitons de « racialiser » la victoire de Donald Trump…


Entretien avec Nicolas Gauthier paru sur Boulevard Voltaire



Certains commentateurs jugent que l’élection de Donald Trump est une réaction de « l’Amérique blanche ». Certains s’en félicitent, d’autres la dénoncent, tandis que Marine Le Pen assure qu’« il ne faut pas “racialiser” ce scrutin ». Votre position ?
Les États-Unis sont, de longue date, une nation multiraciale et, contrairement à ce qui se passe chez nous, les statistiques ethniques y sont d’usage courant. Concernant la dernière élection présidentielle, les choses sont claires : Hillary Clinton a obtenu 88 % du vote des Noirs et 65 % du vote des Latinos et des Asiatiques. Trump n’en a obtenu, respectivement, que 8 % et 29 % – ce qui n’est déjà pas si mal (c’est plus que n’en avait capté Romney en 2012). Ce clivage n’a rien de surprenant, les minorités ayant depuis longtemps l’habitude de voter massivement en faveur des démocrates : depuis 1952, seul Lyndon B. Johnson, en 1964, avait recueilli une majorité de votes chez les Blancs. On notera néanmoins qu’à cet égard, Obama avait fait mieux que Hillary, ayant remporté 93 % du suffrage noir en 2012 et 95 % en 2008.


Rivincita sulla globalizzazione


Intervista da Lorenzo Bianchi

Il Giorno10 novembre 2016

 
 L’elezione di Trump illustra in modo spettacolare l’ascesa irresistibile del populismo nel mondo. Ora è sbarcato anche in America». Alain de Benoist, scrittore e filosofo francese, 72 anni, fondatore del movimento culturale Nouvelle Droite (la Nuova Destra), vincitore nel 1978 del Gran Prix D’Essai dell’Académie Française con il suo volume «Visto da destra», è dell’idea che il voto «non è importante per il personaggio, ma per il fenomeno che si è manifestato attraverso Donald Trump.
Che cosa è affiorato dalle urne?
«Lo stesso atteggiamento collettivo che ha provocato anche la Brexit, il voto inglese favorevole all’uscita dall’Unione Europea. La classe media statunitense è stata investita assieme alla classe operaia dal vento della mondializzazione».
Che ha fatto crescere le distanze fra i diversi ceti sociali.
«Le ha aggravate, allontanando la borghesia e gli operai dalle élite finanziarie, economiche e dei mass media. Ora l’ondata del populismo è passata dall’altra parte dell’oceano Atlantico. Questo conferisce all’elezione di Trump una valenza storica».
Qual è stata la caratteristica principale del vincitore?
«Ha rappresentato il movimento anti-establishment ossia la contestazione delle classi dirigenti. I suoi elettori hanno bocciato un sistema del quale la Clinton era un simbolo».
Quindi contro cosa hanno votato?
«Contro Washington, contro il politicamente corretto, contro George Soros, contro la banca Goldman Sachs, contro i politici di carriera che confiscano la democrazia. Un’eruzione di collera ha portato Donald Trump al potere».
Secondo lei anche negli Usa ha preso corpo il risentimento della popolazione contro gli immigrati, che sono stati un architrave della democrazia americana? Lire la suite …


9 novembre 1989 : chute du Mur de Berlin. 9 novembre 2016 : élection de Donald Trump


Entretien paru sur Breizh-info.com


 

Breizh-info.com : Quel est votre sentiment après l’annonce de l’élection de Donald Trump ?
Alain de Benoist : 9 novembre 1989 : chute du Mur de Berlin. 9 novembre 2016 : élection de Donald Trump. Dans les deux cas, la fin d’un monde. Notre dernier Prix Nobel de littérature, Bob Dylan, s’était finalement révélé bon prophète : The times they are a-changin’ ! C’est en tout cas bien à un événement historique que nous venons d’assister. Depuis des décennies, l’élection présidentielle américaine se présentait comme un duel à fleurets mouchetés entre deux candidats de l’Establishment. Cette année, pour la première fois, c’est un candidat anti-Establishment qui se présentait – et c’est lui qui l’a emporté. « Malgré ses outrances », disait un journaliste. Plutôt à cause d’elles, aurait-il fallu dire, tant l’électorat de Trump n’en pouvait plus du politiquement correct !
En fait, dans cette élection, ce n’est pas le personnage de Trump qui est important. C’est le phénomène Trump. Un phénomène qui, tout comme le Brexit il y a cinq mois, mais avec une force encore supérieure, illustre de façon spectaculaire l’irrésistible poussée du populisme dans le monde. Natacha Polony l’a très bien dit : ce phénomène « n’est que la traduction d’un mouvement de fond qui ébranle toutes les sociétés occidentales : la révolte des petites classes moyennes déstabilisées dans leur identité par la lame de fond d’une mondialisation qui avait déjà emporté les classes ouvrières ». Lire la suite …


A l’est du nouveau ?



La revue « Éléments » organise le samedi 19 novembre prochain (de 13 h 30 à 18 h) un colloque intitulé « À l’Est, du nouveau ? » avec pour invités principaux le formidable romancier Zakhar Prilepine, membre du Parti national-bolchevique (PNB), l’universitaire Jean-Robert Raviot, qui a dirigé l’ouvrage collectif « Russie, vers une nouvelle guerre froide ? » (La Documentation française) et le philosophe Alexandre Douguine. Alain de Benoist clôturera cet après-midi exceptionnelle.
Les stands feront la part belle à la littérature russe grâce à la présence de plusieurs maisons d’éditions spécialisées comme La Manufacture de Livres, qui lance Zapoï, une collection de polar russe sous la direction de Thierry Marignac, les éditions de la Différence et Les Syrtes qui publient les romans de Zakhar Prilepine, mais aussi les éditions Pierre-Guillaume de Roux, Le Polémarque et les éditions Astrée.

Renseignements pratiques :

Date : Samedi 19 novembre.
Horaire : 13 h 30 à 18 h. Entrée : 8 euros.
Adresse : Espace Moncassin, 164 rue de Javel, 75015 Paris.
Réservation sur :
http://framaforms.org/19-novembre-13h30-18h00-russie-a-lest-du-nouveau-1476990746

Précarité et pauvreté – une bombe à retardement ?


Entretien paru sur Boulevard Voltaire


Un mot chasse l’autre : on évoque désormais la précarité plutôt que la pauvreté. Les deux mots désignent-ils la même chose ?

La pauvreté touche une fraction de la population, la précarité tend à devenir un statut général. On compte, en France, officiellement 8,6 millions de pauvres, le seuil de pauvreté correspondant à 60 % du salaire médian (à ne pas confondre avec le salaire moyen), soit environ 1.000 euros par mois. Les chômeurs ne sont pas les seuls concernés. S’y ajoutent les bénéficiaires du RSA (deux millions de personnes qui perçoivent moins de 500 euros par mois), des retraités (plus d’un million de personnes) et même certains salariés (les « travailleurs pauvres », près de deux millions de personnes), car avoir un emploi ne protège plus automatiquement de la pauvreté. On compte aussi 3,8 millions de mal-logés et 3,9 millions de bénéficiaires de l’aide alimentaire.
L’inquiétant est que la situation s’aggrave. À l’époque des Trente Lire la suite …

Méditations dionysiennes, Luc Olivier d'Algange - Nouvelle Ecole numéro 56




MEDITATIONS DYONISIENNES
TEXTE DE LUC-OLIVIER D'ALGANGE

Qu'en est-il des dieux antérieurs? Peut-on, sans avoir à se dire «païen», recevoir d'eux quelque lumière ? Peut-on s'interroger, par leurs ambassades ouraniennes, maritimes ou forestières sur le monde tel qu'il s'offre à nos sens et à notre intelligence? Pouvons-nous les entendre, ces dieux, dans l'acception ancienne du verbe, c'est-à-dire les comprendre, les ressaisir dans la trame de notre entendement où vogue la navette du tisserand, dieu lui-même, comme des réalités allant de soi, mues par elles-mêmes, pourvues de cet impondérable que l'on nomme l'âme? Les dieux existent: c'est leur faiblesse car ce qui existe peut disparaître; ce qui existe n'est point l'être; et l'être lui-même n'est qu'à l'infinitif (or l'impératif seul est créateur!). Mais ce qui existe vaut tout de même que l'on s'y attarde... L'existence des dieux demeure difficile à situer car elle est ubique: à la fois intérieure et extérieure. Précisons encore. Les dieux sont ce qui se laisse dire comme une réalité qui est à la fois en-dedans et au-dehors, subjective non moins qu'objective. Hélios éclaire à la fois la terre et notre intellect. Dionysos fait danser en même temps la terre et nos âmes. Apollon ordonne ensemble le Cosmos et nos pensées. Ces quelques notes, prises sur le vif, il y a déjà longtemps, s'interrogent sur cette «zone frontalière», avec les inconséquences désirables qui sont le propre du promeneur.

Les rivages scintillants: disparition et apparition des dieux

Longtemps, et il n'est pas vraiment certain que l'on se soit dépris de cette habitude, on associa l'intérêt pour le monde antique à un engagement « républicain » dont nos sociétés modernes (où la res publica, hélas, s'est évanouie dans le culte de l'économie) seraient les héritières. Le fidèle aux anciens dieux se retrouvait ainsi fort paradoxalement du côté de la modernité, des «réformes», voire d'une forme de «progressisme» opposée aux «ténèbres» du Moyen-Age et des souverainetés royales Or, on ne saurait imaginer forme de pensée plus étrangère aux Anciens que l'idéologie du Progrès. Toute leur pensée était au contraire orientée par le constat d'une dégradation, d'une déchéance, d'un éloignement graduel de l'Age d'Or. Comment cette pensée «pessimiste» fut à l'origine des créations les plus audacieuses en philosophie, de la plus grande plénitude artistique, c'est là une question décisive à laquelle il nous importe d'autant plus d'apporter une réponse que nous constatons que la croyance inverse, «optimiste», nous fait sombrer dans la veulerie et l'informe. Le Progrès, disait Baudelaire, est la doctrine des paresseux. N'est-ce point se dispenser d'avance de tout effort et briser tout élan créateur que d'assigner au seul écoulement du temps le pouvoir de nous améliorer ou de nous parfaire? Au contraire, si, comme Hésiode, nous croyons au déclin, à l'assombrissement des âges, ne disposons-nous point alors nos intelligences et nos âmes, notre ingéniosité et notre courage à faire contrepoids à ce déclin? 

Pour une intelligence qui s'accorde aux pré-socratiques, le monde de la symbolique romane demeurera certes infiniment plus proche, plus amical, que la « société du spectacle » du monde des esclaves sans maîtres. Fidèles à la logique du tiers inclus, nous n'entrerons point dans ces polémiques qui font du paganisme une sorte d'anti-christianisme à peine moins sommaire que l'anti-paganisme des premiers chrétiens, tel que le décrivent Celse et l'Empereur Julien. Si le combat du Poète contre le Clerc revêt à nos yeux quelque importance, comment n'engagerions-nous pas la puissante vision poétique et métaphysique de Maître Eckhart et de Jean Tauler contre les modernes cléricatures de la «pensée unique»? De plus en plus vulgaire, utilitaire, éprise de médiocrité, l'idéologie dominante n'a jamais cessé de détruire la splendeur divine chère aux Archaiothrèskoi, les fidèles aux anciens dieux, alors même qu'elle paraît de temps à autres s'en revendiquer. Mais cet éloignement, n'est qu'un éloignement quantitatif. La qualité de l'être, sa vision, demeure, elle, subtilement présente. 

Le monde des dieux anciens n'est pas mort car il n'est jamais né. Que cette pérennité lumineuse soit devenue provisoirement hors d'atteinte pour le plus grand nombre d'entre nous, n'en altère nullement le sens ni la possibilité sans cesse offerte. Pérennes, les forces et les vertus divines s'entrecroisent dans le tissu du monde et nous laissent le choix d'être de simples spectateurs enchaînés dans une représentation schématique du monde ou bien d'entrer dans la présence réelle des êtres et des choses par la reconnaissance de l'Ame du monde. Séparés de tout, enfermés dans une «psyché» qu'il croit être l'«autre» du monde, le Moderne s'asservit à la représentation narcissique qu'il se fait de lui-même.

Pour le Moderne, les dieux, les Idées, les Formes prennent source dans son esprit, mais il ne voit pas assez loin pour comprendre que cet esprit lui-même prend source ailleurs qu'en lui-même. Cette impuissance à imaginer au-delà du cercle étroit de sa propre contingence, n'est-ce point ce que les platoniciens nommaient «être prisonniers des ombres de la Caverne»? Le Moderne idolâtre sa propre contingence, il en fait la mesure de toute chose, inversant le principe grec qui enseigne que l'homme doit retrouver la mesure de toute chose. Croire que les dieux sont purement «intérieurs», aboutit à une idolâtrie de l'intériorité. Les utopies meurtrières du vingtième siècle, le fanatisme uniformisateur et planificateur des fondamentalismes divers qui se donnèrent cours n'ont-ils pas pour origine ce subjectivisme effréné qui veut faire de l’intériorité de l'homme et de son incommensurable prétention d'être moral, la mesure du monde? Pour l'homme ancien, les dieux sont en nous car ils miroitent en nous. Notre entendement capte les forces extérieures auxquelles il lui appartiendra, en vertu d'un principe de création poétique, de donner des Formes; et ces Formes, à leur tour, seront hommages aux dieux qu'elles nomment et enclosent pour d'autres temps.

Cette vue du monde est humble et généreuse, attentive et donatrice. Loin de penser l'homme comme l'Autre, ou face à l'Autre, elle reconnaît en soi le Même sous les atours de l'apparition divine. Le dieu est celui qui apparaît. Or l'homme, qui va à la rencontre du monde divin et ne connaît ni naissance, ni mort, apparaît à l'éternité et le dieu qui lui apparaît est selon l'admirable formule d'Angélus Silésius, «un éclair dans un éclair». C'est dans l'éclat le plus bref et le plus intense que l'éternité nous est donnée. La fulguration d'Apollon demeure à jamais dans l'instant de l'apparition qui nous révèle à nous-mêmes, dans la pure présence de l'être.

Etres de lumière, les dieux; et non point êtres d'ombre, êtres de présence et non point être de représentation. L'apparition est l'acte du saisissement souverain où la vision se délivre de la représentation pour reconquérir la présence. Telle est la promesse, la seule, que nous font les dieux antérieurs. Ils ne nous promettent que d'être présents au monde, car aussitôt sommes-nous présents au monde que nous entendons leurs voix. Etre présent au monde, n'est-ce point déjà, dans une large mesure, être déjà désencombré de soi-même? N'est-ce point devenir l'infini à soi-même? Que suis-je qui ne soit à l'image des vastes configurations des forces du monde que nomment les dieux? 

Croire aux dieux, c'est croire que le monde intérieur et le monde extérieur sont un. La force lumineuse apollinienne se manifeste à la fois dans le soleil physique, qui épanouit la nature et le soleil métaphysique, le Logos, qui épanouit l'Intelligence. Le génie de l'ancienne sagesse est d'avoir donné un même nom à ces forces intérieures et extérieures, visibles et invisibles. Comment vaincre l'usure des temps, la transformation progressive de la vie en objet, la réification propre à la société marchande, sans le recours aux exigences et aux beautés plus anciennes? La diversité, la liberté, la complexité des anciennes sagesses, la précellence accordée aux Poètes, Bardes, Chantres ou Aèdes (qui sont les créateurs de la vérité qu'ils énoncent, à la différence du Clerc qui administre une vérité déjà définitivement formulée) nous demeurent une injonction permanente à ne point nous soumettre. Le monde moderne paraît triompher dans ses vastes planifications, mais il est bien connu qu'il existe des triomphes dont on périt.

Le déterminisme dont les Modernes se rengorgent pour affirmer l'irrémédiable de leurs soi-disantes «civilisations» n'est probablement qu'une vue de l'esprit, particulièrement inepte, qu'un peu de pragmatisme suffirait à corriger. Là où le Moderne voit un enchaînement nécessaire, ce qu'il nomme un «progrès» ou une «évolution », un esprit libre ne verra qu'une interprétation à posteriori. La suite d'événements qui conduisent à un désastre ou à une circonstance heureuse, selon l'interprétation qu'on lui donne, n'apparaît précisément comme «une suite» qu'après coup. Cette suite, que la science du dix neuvième siècle nomme déterminisme, apparaît à l'intelligence dégagée et pourvue de quelque imagination, comme un leurre. Dans la vaste polyphonie humaine et divine, les choses eussent pu se passer autrement, et de fait, elles ne cessent de se passer autrement. Les configurations auxquelles elles obéissent engagent non seulement la ligne et le plan, mais aussi les hauteurs et les profondeurs.



Au sommaire de Nouvelle Ecole numéro 56 Knut Hamsun

- La vie et l’environnement culturel de Knut Hamsun (Tarmo Kunnas)
- Knut Hamsun comme révolutionnaire du roman (Tarmo Kunnas)
- Bibliographie de Knut Hamsun (Alain de Benoist)
- Les idées politiques et sociales de Knut Hamsun (Tarmo Kunnas)
- Heurs et tragédies du héros hamsunien (Michel d’Urance)
- Dans la rue (Une nouvelle inédite de Knut Hamsun)
- Bibliographie
- Physique et systémique : un regard sur la totalité (Frédéric Mirefleurs)
- Le centenaire de Hannah Arendt (Alain de Benoist)
- Méditations dionysiennes (Luc-Olivier d’Algange) 




Pour compléter la réflexion: Perles de Culture n°85 

 
Le regard de Luc-Olivier d’Algange 

sur notre monde désenchanté - Vidéo

 

Anne Brassié reçoit Luc-Olivier d’Algange sur TV Libertés. Ecrivain rare dans les médias mais infiniment précieux par son intelligence et la poésie de son style. Son regard sur notre monde désenchanté est perçant mais exact. Ses amis sont Bernanos, Chesterton, Thibon, Yunger, Nietsche, des êtres de feu. Sa devise, celle d’Ulysse “Naviguer est nécessaire, et il n’est point nécessaire de vivre.” Son ami, le comédien Didier Carette, lit un choix de texte de l’écrivain.