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Alain de Benoist - Les Conversations de Pierre-Marie Couteaux - TV Libertés


Alain de Benoist

Alain de Benoist

Debenoist-V10

A voir ou revoir sur le blog Eléments :


http://www.alaindebenoist.com/index.php/les-conversations-de-paul-marie-couteaux/
A revoir aussi sur le site des Amis d'Alain de Benoist



Les conversations de Paul-Marie Couteaux” sur TV Libertés, une émission qui part à la découverte d’une personnalité en six épisodes de 35 minutes. La première série est consacrée à Alain de Benoist. 

C’est l’occasion de découvrir les passions, les souvenirs et les éléments fondateurs de la vie d’une célébrité pour mieux comprendre son œuvre. Volontairement intimiste, “Les conversations de Paul-Marie Couteaux” sont filmés in situ, là où ces personnages hors du commun trouvent leurs forces et leur inspiration.



Quelques commentaires de Pierre Bérard
Source : revues de presse, blog Eléments



Cinquième épisode des conversations entre Paul-Marie Coûteaux et Alain de Benoist dans l’une des bibliothèques de ce dernier. Sont abordés successivement la chape de plomb des années 80 et 90, la chute du mur de Berlin et la tentation unipolaire des États-Unis d’Amérique aboutissant aux  guerres du Golfe et des Balkans afin de les « remodeler » et d’y imposer leur conception du Nouvel Ordre Mondial.
 Autant de boîtes de Pandore conduisant au chaos actuel. Il rappelle qu’il était au premier rang des manifestants avec Alain Krivine et André Krasucki contre les bombardements de Belgrade. C’est aussi l’époque où une tendance du Parti Communiste Français cherchait à s’ouvrir à des éléments droitiers et où elle finançait L’Idiot International de Jean-Edern Hallier. À propos de Mitterrand qu’il reconnait comme notre dernier président de droite, ne serait-ce que par ses goûts littéraires, il suggère que se ralliant à la société de marché lors du tournant de 1983 , il baissa du même coup les bras devant le système de l’argent. De Benoist reconnait sa dette envers Péguy et Bernanos, des auteurs chrétiens qui haïssaient l’argent, équivalent universel qui permet de transmuer toute qualité en simple quantité. Il revient dès lors sur l’anthropologie libérale qui définit l’homme comme un individu producteur et consommateur doté de droits fondés en nature et donc pré-sociaux et pré-politiques d’où les ennemis principaux désignés par de Benoist; sur le plan étranger, les États-Unis, sur le plan social; la bourgeoisie, et le libéralisme sur le plan doctrinal. L’anthropologie libérale  considère la diversité constitutive du monde comme un obstacle à réduire, ce qui la rapproche du point de vue des fins de tout les totalitarismes. Réflexion pertinente sur la Révolution Française à la fois progressiste et désireuse de balayer le passé synonyme de superstitions et se référant sans cesse aux Grecs et aux Romains.





Quatrième épisode des conversations entre Alain de Benoist et Paul-Marie Coûteaux. De Benoist s’exprime successivement sur sa critique de l’immigration qui ne sombre jamais dans la xénophobie. Il éreinte le cosmopolitisme ambiant qui se réclame d’un Autre tout en le pensant comme un Même. Il souligne la confusion entourant l’islam opposé aux « racines chrétiennes » de l’Europe, alors qu’en toute bonne logique le terme de racine renvoie à ce qu’il y a de plus ancien. Il rend de ce point de vue un vibrant hommage à l’indo-européanisant Georges Dumézil qui fut son ami et explique que la Grèce étant le lieu d’origine de la philosophie et de la tragédie il ne peut qu’y être sensible. Répondant à une question de Coûteaux il opère avec rigueur une distinction spenglérienne entre culture et civilisation. Il tance la définition de l’Europe comme « ouverte à l’ouverture » (Finkielkraut) ce qui est une manière de ne plus se soucier de savoir ce qu’elle est. Il reproche à l’Union Européenne d’avoir totalement discrédité l’idée même d’Europe. Il répète que l’identité loin d’être ce qui ne change jamais est ce qui nous permet de demeurer nous mêmes en changeant sans cesse. En l’état, il affirme que l’identité n’est pas une essence mais bien une substance et pour ce qui concerne l’identité européenne il constate que cette substance se découvre essentiellement dans la philosophie critique et la dangereuse notion d’objectivité qu’on ne trouve nulle par ailleurs sur les autres continents. Il revient pour finir sur l’aventure du Figaro-Magazine et la progressive « orléanisation » de la droite qui l’amène à refuser dorénavant d’en revêtir l’habit chamarré.





Alain de Benoist revue Eléments
Article paru dans Eléments n°157

Les Idées à l'endroit








Méditations dionysiennes, Luc Olivier d'Algange - Nouvelle Ecole numéro 56




MEDITATIONS DYONISIENNES
TEXTE DE LUC-OLIVIER D'ALGANGE

Qu'en est-il des dieux antérieurs? Peut-on, sans avoir à se dire «païen», recevoir d'eux quelque lumière ? Peut-on s'interroger, par leurs ambassades ouraniennes, maritimes ou forestières sur le monde tel qu'il s'offre à nos sens et à notre intelligence? Pouvons-nous les entendre, ces dieux, dans l'acception ancienne du verbe, c'est-à-dire les comprendre, les ressaisir dans la trame de notre entendement où vogue la navette du tisserand, dieu lui-même, comme des réalités allant de soi, mues par elles-mêmes, pourvues de cet impondérable que l'on nomme l'âme? Les dieux existent: c'est leur faiblesse car ce qui existe peut disparaître; ce qui existe n'est point l'être; et l'être lui-même n'est qu'à l'infinitif (or l'impératif seul est créateur!). Mais ce qui existe vaut tout de même que l'on s'y attarde... L'existence des dieux demeure difficile à situer car elle est ubique: à la fois intérieure et extérieure. Précisons encore. Les dieux sont ce qui se laisse dire comme une réalité qui est à la fois en-dedans et au-dehors, subjective non moins qu'objective. Hélios éclaire à la fois la terre et notre intellect. Dionysos fait danser en même temps la terre et nos âmes. Apollon ordonne ensemble le Cosmos et nos pensées. Ces quelques notes, prises sur le vif, il y a déjà longtemps, s'interrogent sur cette «zone frontalière», avec les inconséquences désirables qui sont le propre du promeneur.

Les rivages scintillants: disparition et apparition des dieux

Longtemps, et il n'est pas vraiment certain que l'on se soit dépris de cette habitude, on associa l'intérêt pour le monde antique à un engagement « républicain » dont nos sociétés modernes (où la res publica, hélas, s'est évanouie dans le culte de l'économie) seraient les héritières. Le fidèle aux anciens dieux se retrouvait ainsi fort paradoxalement du côté de la modernité, des «réformes», voire d'une forme de «progressisme» opposée aux «ténèbres» du Moyen-Age et des souverainetés royales Or, on ne saurait imaginer forme de pensée plus étrangère aux Anciens que l'idéologie du Progrès. Toute leur pensée était au contraire orientée par le constat d'une dégradation, d'une déchéance, d'un éloignement graduel de l'Age d'Or. Comment cette pensée «pessimiste» fut à l'origine des créations les plus audacieuses en philosophie, de la plus grande plénitude artistique, c'est là une question décisive à laquelle il nous importe d'autant plus d'apporter une réponse que nous constatons que la croyance inverse, «optimiste», nous fait sombrer dans la veulerie et l'informe. Le Progrès, disait Baudelaire, est la doctrine des paresseux. N'est-ce point se dispenser d'avance de tout effort et briser tout élan créateur que d'assigner au seul écoulement du temps le pouvoir de nous améliorer ou de nous parfaire? Au contraire, si, comme Hésiode, nous croyons au déclin, à l'assombrissement des âges, ne disposons-nous point alors nos intelligences et nos âmes, notre ingéniosité et notre courage à faire contrepoids à ce déclin? 

Pour une intelligence qui s'accorde aux pré-socratiques, le monde de la symbolique romane demeurera certes infiniment plus proche, plus amical, que la « société du spectacle » du monde des esclaves sans maîtres. Fidèles à la logique du tiers inclus, nous n'entrerons point dans ces polémiques qui font du paganisme une sorte d'anti-christianisme à peine moins sommaire que l'anti-paganisme des premiers chrétiens, tel que le décrivent Celse et l'Empereur Julien. Si le combat du Poète contre le Clerc revêt à nos yeux quelque importance, comment n'engagerions-nous pas la puissante vision poétique et métaphysique de Maître Eckhart et de Jean Tauler contre les modernes cléricatures de la «pensée unique»? De plus en plus vulgaire, utilitaire, éprise de médiocrité, l'idéologie dominante n'a jamais cessé de détruire la splendeur divine chère aux Archaiothrèskoi, les fidèles aux anciens dieux, alors même qu'elle paraît de temps à autres s'en revendiquer. Mais cet éloignement, n'est qu'un éloignement quantitatif. La qualité de l'être, sa vision, demeure, elle, subtilement présente. 

Le monde des dieux anciens n'est pas mort car il n'est jamais né. Que cette pérennité lumineuse soit devenue provisoirement hors d'atteinte pour le plus grand nombre d'entre nous, n'en altère nullement le sens ni la possibilité sans cesse offerte. Pérennes, les forces et les vertus divines s'entrecroisent dans le tissu du monde et nous laissent le choix d'être de simples spectateurs enchaînés dans une représentation schématique du monde ou bien d'entrer dans la présence réelle des êtres et des choses par la reconnaissance de l'Ame du monde. Séparés de tout, enfermés dans une «psyché» qu'il croit être l'«autre» du monde, le Moderne s'asservit à la représentation narcissique qu'il se fait de lui-même.

Pour le Moderne, les dieux, les Idées, les Formes prennent source dans son esprit, mais il ne voit pas assez loin pour comprendre que cet esprit lui-même prend source ailleurs qu'en lui-même. Cette impuissance à imaginer au-delà du cercle étroit de sa propre contingence, n'est-ce point ce que les platoniciens nommaient «être prisonniers des ombres de la Caverne»? Le Moderne idolâtre sa propre contingence, il en fait la mesure de toute chose, inversant le principe grec qui enseigne que l'homme doit retrouver la mesure de toute chose. Croire que les dieux sont purement «intérieurs», aboutit à une idolâtrie de l'intériorité. Les utopies meurtrières du vingtième siècle, le fanatisme uniformisateur et planificateur des fondamentalismes divers qui se donnèrent cours n'ont-ils pas pour origine ce subjectivisme effréné qui veut faire de l’intériorité de l'homme et de son incommensurable prétention d'être moral, la mesure du monde? Pour l'homme ancien, les dieux sont en nous car ils miroitent en nous. Notre entendement capte les forces extérieures auxquelles il lui appartiendra, en vertu d'un principe de création poétique, de donner des Formes; et ces Formes, à leur tour, seront hommages aux dieux qu'elles nomment et enclosent pour d'autres temps.

Cette vue du monde est humble et généreuse, attentive et donatrice. Loin de penser l'homme comme l'Autre, ou face à l'Autre, elle reconnaît en soi le Même sous les atours de l'apparition divine. Le dieu est celui qui apparaît. Or l'homme, qui va à la rencontre du monde divin et ne connaît ni naissance, ni mort, apparaît à l'éternité et le dieu qui lui apparaît est selon l'admirable formule d'Angélus Silésius, «un éclair dans un éclair». C'est dans l'éclat le plus bref et le plus intense que l'éternité nous est donnée. La fulguration d'Apollon demeure à jamais dans l'instant de l'apparition qui nous révèle à nous-mêmes, dans la pure présence de l'être.

Etres de lumière, les dieux; et non point êtres d'ombre, êtres de présence et non point être de représentation. L'apparition est l'acte du saisissement souverain où la vision se délivre de la représentation pour reconquérir la présence. Telle est la promesse, la seule, que nous font les dieux antérieurs. Ils ne nous promettent que d'être présents au monde, car aussitôt sommes-nous présents au monde que nous entendons leurs voix. Etre présent au monde, n'est-ce point déjà, dans une large mesure, être déjà désencombré de soi-même? N'est-ce point devenir l'infini à soi-même? Que suis-je qui ne soit à l'image des vastes configurations des forces du monde que nomment les dieux? 

Croire aux dieux, c'est croire que le monde intérieur et le monde extérieur sont un. La force lumineuse apollinienne se manifeste à la fois dans le soleil physique, qui épanouit la nature et le soleil métaphysique, le Logos, qui épanouit l'Intelligence. Le génie de l'ancienne sagesse est d'avoir donné un même nom à ces forces intérieures et extérieures, visibles et invisibles. Comment vaincre l'usure des temps, la transformation progressive de la vie en objet, la réification propre à la société marchande, sans le recours aux exigences et aux beautés plus anciennes? La diversité, la liberté, la complexité des anciennes sagesses, la précellence accordée aux Poètes, Bardes, Chantres ou Aèdes (qui sont les créateurs de la vérité qu'ils énoncent, à la différence du Clerc qui administre une vérité déjà définitivement formulée) nous demeurent une injonction permanente à ne point nous soumettre. Le monde moderne paraît triompher dans ses vastes planifications, mais il est bien connu qu'il existe des triomphes dont on périt.

Le déterminisme dont les Modernes se rengorgent pour affirmer l'irrémédiable de leurs soi-disantes «civilisations» n'est probablement qu'une vue de l'esprit, particulièrement inepte, qu'un peu de pragmatisme suffirait à corriger. Là où le Moderne voit un enchaînement nécessaire, ce qu'il nomme un «progrès» ou une «évolution », un esprit libre ne verra qu'une interprétation à posteriori. La suite d'événements qui conduisent à un désastre ou à une circonstance heureuse, selon l'interprétation qu'on lui donne, n'apparaît précisément comme «une suite» qu'après coup. Cette suite, que la science du dix neuvième siècle nomme déterminisme, apparaît à l'intelligence dégagée et pourvue de quelque imagination, comme un leurre. Dans la vaste polyphonie humaine et divine, les choses eussent pu se passer autrement, et de fait, elles ne cessent de se passer autrement. Les configurations auxquelles elles obéissent engagent non seulement la ligne et le plan, mais aussi les hauteurs et les profondeurs.



Au sommaire de Nouvelle Ecole numéro 56 Knut Hamsun

- La vie et l’environnement culturel de Knut Hamsun (Tarmo Kunnas)
- Knut Hamsun comme révolutionnaire du roman (Tarmo Kunnas)
- Bibliographie de Knut Hamsun (Alain de Benoist)
- Les idées politiques et sociales de Knut Hamsun (Tarmo Kunnas)
- Heurs et tragédies du héros hamsunien (Michel d’Urance)
- Dans la rue (Une nouvelle inédite de Knut Hamsun)
- Bibliographie
- Physique et systémique : un regard sur la totalité (Frédéric Mirefleurs)
- Le centenaire de Hannah Arendt (Alain de Benoist)
- Méditations dionysiennes (Luc-Olivier d’Algange) 




Pour compléter la réflexion: Perles de Culture n°85 

 
Le regard de Luc-Olivier d’Algange 

sur notre monde désenchanté - Vidéo

 

Anne Brassié reçoit Luc-Olivier d’Algange sur TV Libertés. Ecrivain rare dans les médias mais infiniment précieux par son intelligence et la poésie de son style. Son regard sur notre monde désenchanté est perçant mais exact. Ses amis sont Bernanos, Chesterton, Thibon, Yunger, Nietsche, des êtres de feu. Sa devise, celle d’Ulysse “Naviguer est nécessaire, et il n’est point nécessaire de vivre.” Son ami, le comédien Didier Carette, lit un choix de texte de l’écrivain.